Compte tenu de l’absentéisme féminin, est-il normal de moins rémunérer les femmes

Tout d’abord, on peut noter que la formulation de la question est surprenante, « compte tenu » imposant l’absentéisme féminin comme un fait démontré. Avant de se poser la question de la rémunération, il faut au préalable s’interroger sur les fondements de cette affirmation, et tenter d’apporter des explications.

Les faits sont là : entre 1994 et 2001, chaque mois, environ 10% des salariés ont été absents au moins un jour de leur travail. Les femmes sont absentes légèrement plus souvent que les hommes (11 à 13% selon les années contre 8 à 10 % pour les hommes). Cela peut s’expliquer par la difficulté pour les mères de jeunes enfants de concilier vie familiale et vie professionnelle. Cependant, est-ce là la seule raison qui les pousse à s’absenter plus souvent de leur poste de travail ? Peut-être pouvons-nous établir une corrélation entre ce taux d’absentéisme et les postes que celles-ci occupent, pour la plupart. En effet, les femmes sont moins représentées dans les postes à hautes responsabilités, ce qui les entraine parfois à se sentir moins indispensables à leur poste et à penser que « la machine ne s’arrêtera pas de tourner » sans elles. Il a été démontré, en effet, que les absences sont d’autant plus nombreuses que les personnes concernées se déclarent moins satisfaites de leur travail.

Il ne s’agit pas là de les excuser mais d’essayer de comprendre. Quand on constate que dans certaines entreprises du secteur public, les femmes ont droit à 12 jours payés « enfants malades », on comprend plus facilement pourquoi une femme qui occupe un poste avec peu de responsabilités les prendra quasiment tous, bien qu’ils ne soient pas tous justifiés par un « enfant malade ». L’absentéisme féminin s’explique donc en grande partie par le fait que les femmes ont des postes à moindre responsabilités, et qu’elles n’en sont, dans certains cas, pas satisfaites.

En ce qui concerne la rémunération, à poste égal, il est prouvé que celle-ci diffère selon le sexe. Si l’égalité professionnelle est reconnue en droit (article L 140-2 du code du Travail), elle ne l’est pas encore dans les faits. Absentéisme ou pas, les femmes sont, de toute façon, moins payées que les hommes. En dépit d’un niveau de formation initial supérieur à celui des hommes, elles se retrouvent encore trop souvent dans des emplois précaires, peu qualifiés ou moins rémunérés.

Toutefois, de là à dire que l’absentéisme féminin entraîne une rémunération moindre, le raccourci est vite effectué. Les femmes sont moins bien rémunérées car elles occupent des postes à responsabilités moindres d’une part, et ensuite car elles continuent d’être victimes de discriminations salariales, qu’on le veuille ou non.

Dans l’absolu, à moins d’être misogyne, il ne semble pas « normal » de moins rémunérer les femmes, pas plus que d’empêcher les noirs de s’asseoir dans le bus. En 1967, les lois Jim Crow qui instauraient une véritable ségrégation raciale ont été abolies aux Etats-Unis. Il n’y a plus qu’à espérer qu’une égalité homme-femme soit enfin établie en termes de rémunération et d’accès aux hauts postes.


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